Fàilte gu Alba!
“Welcome to Scotland!” en gaélique écossais
Je crois que c’est la première fois que je pars en voyage avec aussi peu d’idées préconçues sur ce que je vais y voir, faire et découvrir. À part les habituels clichés qu’on m’a rabâchés à coups de haggis, de références à Highlander, de mauvaise météo et de whisky, ce voyage en Écosse était un peu comme un livre vierge. Et oh boy, qu’est-ce qu’il aura bien été rempli, ce livre, avec des anecdotes, des images et un sentiment très singulier : voyager dans les Highlands, qui plus est avec la liberté totale d’un campervan, c’est vraiment unique (et c’est pour ça que tout le monde le fait…)
On a atterri à Édimbourg le 16 octobre, on en repart le 26 à l’aube, et entre-temps, notre route nous aura amenés (en vrac et non exhaustif) à Oban via les rives du Loch Lomond, à Tobermory sur l’Île de Mull, à Glencoe, à Fort William, au point le plus à l’ouest de l’Île de Skye, dans le parc naturel du Cairngorms via Inverness et un petit Loch connu pour être la maison d’un monstre légendaire (n’y allez pas, c’est décevant) et surtout le petit village de Dull (“Ennuyeux”), environ 80 habitant·e·s et jumelé à Boring (Oregon, USA). Et pas un seul de ces miles sur le mauvais côté de la route n’aura été ennuyeux !
Jour 1 - 16 octobre
Bon bah, c’est parti !
Gros sac à dos de backpacker façon habits.zip en soute pour contenir nos affaires à Mélanie et moi, plus chacun un sac à dos en cabine: ça devrait suffire pour 10 jours sur la route.
Arrivé à l’aéroport de Genève tranquillement en avance sur notre vol, je dépose le bagage, passe la sécurité, et je me pose confortablement pour attendre Mélanie avec un petit café.
C’est bizarre de reprendre l’avion… La dernière fois, le vol m’avait emmené à l’autre bout de la planète en plein COVID pour une petite manifestation sportive à Tokyo en 2020 2021. Je sais pas trop si j’aime l’avion ou pas. J’adore voyager, c’est incontestable, mais il y a tellement de choses qui m’agacent dans les aéroports et les avions - les gens stressés et égoïstes, le “confort” spartiate des vols low-cost et évidemment l’impact CO₂… C’est donc très pensif et plein de contradictions que je m’envole avec Mélanie et qu’on arrive à Édimbourg, impatients de se poser dans notre petite auberge rustique pour la première nuit.
Mais naaaan, je déconne ! On a un peu craqué et décidé de se bichonner à l’hôtel Bonham pour cette première nuit en se disant que les suivantes dans le van allaient être probablement un peu plus ghetto.
Donc on s’installe en vitesse, et après un petit crochet en ville pour un petit massage pour Mél, on prend un simple petit repas sandwich-panini dans le lobby de l’hôtel, hyper cosy et on planifie en vitesse le programme du lendemain avant d’aller au lit !
Jour 2 - 17 octobre
Réveil en douceur et petit déjeuner Full Scottish Breakfast au Bonham (oui oui, le boudin, le haggis, la totale), et on découvre avec surprise que le buffet continental permet à volonté de se préparer des bloody mary et/ou des mimosas ! Mais on est raisonnables, et avec le programme de la journée qui nous attend on se contente de thé et de café. Première leçon (amère) pour moi, le Royaume Uni, c’est plutôt une nation de thé que de café, je m’en souviendrai (presque).
On commence la journée par un “Free walking tour” de la partie centrale de la ville avec Rory, un Dunediner pure souche (ie. un habitant d’Edimbourg, j’ai fait mes recherches) et docteur en histoire de l’Écosse, à priori il connaît son sujet. Pendant les 2 heures de la balade il nous fait donc découvrir sa ville avec beaucoup d’humour au travers de petites anecdotes et de pépites d’histoire sur un pays qui a eu quand-même un passé assez mouvementé (euphémisme).
On découvre notamment la pierre tombale de John Knox. Pour celles et ceux qui roupillaient en cours d’histoire (je me la pète là, mais j’en savais pas plus avant non plus), John Knox c’est une figure très ambivalente pour les Écossais-es. Le gars est né en 1514 et était un grand pote à Jean Calvin histoire de situer l’échelle de fun du samedi soir, on était pas tant sur des happy hours mojito au Macumba avec lui. Malgré tout, (attention, je fais un petit raccourci), le type a tout de même fondé l’Église d’Écosse et développé l’Église presbytérienne - ça c’est la partie super du CV, mais à côté, c’était vraiment un minable misogyne (très enthousiaste). Et donc pour commémorer ce personnage historique et son influence sur le pays, il est tout de même enterré au pied de la cathédrale St. Giles qu’il affectionnait tant, sauf qu’au fil des siècles, le cimetière a dû être déplacé pour faire place maintenant à un… parking. Mais la tombe de John Knox demeure marquée par une plaque en laiton, sous la place n° 23 de ce parking, et Rory nous mentionne avec malice qu’il connaît la personne qui vient se parquer systématiquement sur cette place, en diagonale, et qu’il s’agit d’une femme qui le fait délibérément pour narguer la mémoire de Knox…
La visite se termine au pied du château d’Edimbourg où on apprend une autre petite histoire très représentative de l’état d’esprit écossais alors que retentit à 13h pile, le coup de canon du “One o’clock gun” symbole de la ville qui marque 13h tous les jours de l’année, sauf les dimanches, Noël et le vendredi Saint, par un coup de feu (munition à blanc, ils sont pas cinglés à ce point-là).
Vu sa situation idéale sur la colline rocheuse, le château était véritablement un bastion imprenable, donc forcément au fil des siècles tout le monde l’a attaqué pour le saisir. La dernière fois que la forteresse a été assiégée, c’était le 2 avril 1916 par un Zeppelin de la Luftwaffe. Le dirigeable, équipé d’une bonne vieille bombe avait pour objectif de larguer sa charge sur le château. Les soldats, un peu dépourvus en défense anti-aérienne, et voyant arriver le dirigeable (heureusement ça bouge pas vite ces bestioles), ont donc spontanément décidé d’armer et diriger le One o’clock gun et ont commencé à faire feu. Ni une ni deux, leur supérieur déboule et leur demande de s’expliquer
– Mais les gars, vous êtes complètement cons ! Il est pas 13h ! Qu’est-ce que vous foutez ?! – On sait bien qu’il est pas l’heure, mais bon, y’a un Zeppelin là, monsieur… Faut bien qu’on tire ! – Mais… Les gars… Le canon, il tire à blanc ! – Oui, on sait bien… Mais la Luftwaffe, eux, ils savent pas ! – … – On continue ? – Allez…
Et ça n’a pas manqué, le Zeppelin a pris peur, changé de cap et a largué sa bombe à la hâte, au dessus de Grassmarket, avant de détaler face à une féroce attaque de munitions à blanc !
C’est un peu ça cet état d’esprit écossais qui est apparu pendant la visite guidée, plein d’auto-dérision, énormément de volonté, et surtout un esprit de “Bon bah, quand il faut, il faut”. Une super entrée en matière pour débuter ces 10 jours Écosse en tout cas !
La suite de la journée a été rythmée ensuite par la récupération de notre campervan, puis prendre la route pour le ravitaillement qui nous aura quasiment suffi pour tout le voyage, et atteindre notre première destination pour la nuit, proche du Loch Lomond pour la première balade du lendemain. Énormément de concentration nécessaire à la conduite à gauche, surtout à la fin de de la route, sur une voie unique mais bidirectionnelle avec espaces d’évitements réguliers. Un peu stressant, mais on arrive à bon port, et on s’installe hyper cosy dans notre van bien chauffé ! Premier repas cosy et une nuit incroyablement paisible dans un silence total autour de nous. À part l’alarme du véhicule qui se déclenche si on bouge dans l’habitacle verrouillé. Leçon apprise, on ferme pas !
Jour 3 - 18 octobre
Réveil tout tranquille et petit déjeuner dans le van. On découvre enfin à quoi ressemble le lieu où on a dormi vu qu’il faisait nuit noire en arrivant ! On prend la route brièvement pour arriver au départ de la promenade de Conic Hill, petite ascension qui prend environ 1h avec un paysage époustouflant sur le Loch Lomond en contrebas et les collines verdoyantes aux alentours ! Y’a pas de doute, on est bien en automne !
On trace un très joli bout de route jusqu’à Oban (pour les amateur-ice-s de whisky, le nom vous sera familier). L’objectif de la journée étant d’arriver sur l’Île de Mull en prenant le ferry de 15h50 à Oban avec quelques pauses photo sur le chemin, comme notamment les Falloch Falls et Kilchurn Castle.
Tip top contents, on arrive au terminal de Ferry de Oban à 15h20 et on voit des voitures parquées sur l’aire d’embarquement ! Nickel se dit-on niaisement ! On va choper un ticket, et let’s go ! Oh quel optimisme de jouvenceaux ! Mais à nouveaux, les écossais ont rayonné par leur légendaire bienveillance et bonne humeur à toute épreuve.
On arrive au guichet pour acheter notre ticket. On nous informe très gentiment que le ferry de 15h50 et complètement booké, mais que c’est tout à fait possible d’acheter un billet “en attente” car souvent des passagers ne viennent pas. Donc on fait exactement ça, et on se glisse dans la voie des véhicules en attente. Le ferry de 15h50 arrive, et les véhicules embarquent, mais pas de chance, nous pas. On laisse donc le van sur place, et on va boire un café pas loin en attendant la prochaine chance d’embarquer à 18h30. Malheureusement, on verra Mull de nuit ce soir, mais on reste confiants qu’on dormira bien au camping qu’on a réservé.
Deuxième tentative, on le sent bien, il n’y a pas beaucoup de véhicules en attente, et on est en 4ème position dans la voie en attente ! Maaaaais, il y a des véhicules prioritaires qui transportent du bétail, donc malheureusement de nouveau, le ferry de 18h30 n’est pas pour nous, mais il y en a encore un à 21h35 nous dit-on, sans garanties absolue, mais on nous fait comprendre qu’il y a 95% de bonnes chances qu’on puisse embarquer. On avance de nouveau un peu dans la file, et on est cette fois 2e en attente après les autres véhicules ! Ça va le faire ! Et du coup on profite de ce second break pour aller manger dans un Fish’n’Chips à Oban, élu dans le top 3 des Fish’n’Chips UK par le National Geographic, et ça vaut le détour en effet ! J’accompagne le repas par LE soda le plus typique de toute l’écosse, du Irn-Bru (prononcer un peu comme “iron brew”). Il faut savoir que pendant très longtemps il n’y a eu que 3 pays dans le monde entier où Coca Cola n’est pas le n°1 des sodas consommés. Cuba, la Corée du Nord, et l’Écosse. Les 2 premiers ont des embargos politique, et en Écosse, c’est juste que le Irn-Bru est préféré de toutes et tous. C’est immonde. Un gout de chewing-gum barbapapa et de métal sucré.
Intermède culinaire terminé, retour à la péripétie des ferrys ! Avant de rejoindre notre van pour embarquer - on l’espère - dans le ferry de 21h35, on repasse au guichet pour s’assurer qu’en cas de plan B, il nous serait possible de se faire rembourser, ce qui est le cas, il sont choux. Et on en profite aussi, maintenant qu’on a mis au clair notre itinéraire des prochains jours, pour acheter le billet de ferry pour traverser sur Skye dans quelques jours. Et c’est là qu’on nous apprend que PILE ce jour là, il y a des maintenances techniques et que donc le bateau ne naviguera pas… Bon baaah plan B, heureusement qu’il y a un pont pour arriver sur Skye…
Par contre pour Mull, on n’a vraiment pas le choix, et on commence vraiment à fatiguer et à avoir besoin de cette douche chaude qui nous appelle si langoureusement là-bas au camping qui nous attend ! Allélujah ! On finit par embarquer sur le ferry, et on donne donc en remerciement aux marshalls du port une des plaques de chocolat qu’on avait prise pour ce genre d’occasion. La traversée va durer 1h et ensuite on a environ 30min de route pour arriver au camping dans une nuit d’encre et un vent de force 17 ! Mais on s’en fout, on est enfin bien installés, la douche a été salvatrice, et j’ai même croisé des yeux de biches (les quadrupèdes, pas de jargon macho ici) en revenant des douches dans le van.
Jour 4 - 19 octobre
La journée sur Mull commence de façon très écossaise avec une météo venteuse et humide, mais on est hyper cosy dans notre van au chaud et au sec ! Départ direction le phare de Tobermory avec des petites étapes sur la route, comme ces épaves.
L’objectif du jour, c’est d’arpenter un peu Mull puis de prendre un ferry (encore) pour relier Tobermory à Kilchoan, puis tracer la route spectaculaire dans la vallée de Dana Glencoe vers Kingshouse et dormir dans les parages de Glencoe.
ET CETTE FOIS, on a bien l’intention de s’y prendre correctement avec les ferrys ! Donc après la balade au phare de Tobermory, notre ticket pour la traversée vers Kilchoan est déjà acheté, et nous sommes en première position dans la voie prioritaire pour embarquer sur le ferry de 14h30. On a tout juste le temps de se poser au pub Mishnish hyper chaleureux pour un petit en-cas et se sécher avant d’embarquer !
Il faut imaginer un typique pub britannique avec boiseries du sol au plafond, moquette verte épaisse au sol et banquettes et tabourets en cuir défoncé. Au milieu de la pièce principale, un feu de cheminée crépite, au-dessus, un écran diffuse un match de foot, et en face, une brochette de quatre petits vieux agglutinés autour d’une petite table, yeux rivés sur le match, et déjà une nouvelle chope prête à boire alors qu’ils n’ont pas encore vidé leur verre en cours (je ne dirai pas “premier verre” parce que je pense pas que ça soit la première mi-temps).
Page de “pub” terminée, on revient à notre van, toujours bien garé en pôle position pour le ferry. Le bateau arrive à l’heure et débarque son lourd chargement de 2 passagers et 1 voiture, puis la marshall de navigation s’approche de nous, on prépare notre ticket, grand sourire et on baisse la fenêtre pour lui présenter et embarquer ! Même pas le temps de commencer à montrer notre ticket qu’elle nous dit que pour des raisons techniques, le ferry ne navigue pas sur cet horaire indiqué, et que le prochain départ sera 2h plus tard… Malédiction ! Le problème c’est qu’à cette période de l’année, le soleil se couche tôt, et vite (il dégringole plus qu’il ne se couche, à vrai dire). Donc si on doit attendre ce ferry-là, il fera sombre, voire nuit sur le reste de la route, ce qui contrarie passablement nos plans qui consistent à… voir le paysage. On ressort les cartes et le plan de bataille se dessine et on trace la route !
Et mon dieu ce qu’on a bien fait de ne pas patienter ! La route est tout bonnement spectaculaire d’un bout à l’autre ! Je crois que c’est vraiment ce jour là et sur cette route qu’on a vraiment réalisé à quel point la métaphore de “conduire dans une carte postale” est pertinente !
C’est difficile de rendre justice à ces paysages et ces couleurs, vraiment. On commence en traversant une région vallonnée comme si les collines elle-mêmes avaient des petites bosses. Les prairies séparées par ces magnifiques murs en pierre sèches (mouillées par la pluie), sont rouges de bruyères et blanches de moutons, les couleurs sont vraiment époustouflantes ! Comme en plus le ciel est un peu gris, le contraste entre les montagnes noires, la végétation et l’asphalte est encore plus frappant.
Et ensuite ce qui impressionne le plus, c’est la capacité qu’a le paysage à se transformer radicalement au moindre virage. On passe une crête, un virage serré à droite et paf, changement de décors théâtral, on n’est plus dans ce décor de Skyfall (allez voir James Bond bon sang), et on est soudain propulsé dans le sous-bois ! Les arbres forment des arches feuillues autour de la route, les feuilles orangées tombent au gré du vent, puis un nouveau virage, et paf, sans transition on se retrouve en bord de mer, les falaises, villages de pêche et les bateaux sont là. C’est compliqué à décrire, mais c’est une des choses que je retiens le plus de ce voyage, la surprise perpétuelle sur les routes.
On rejoint enfin la vallée entre Glencoe et Kingshouse où on voit pour la première fois des jeunes chevreuils sur le bord d’une route avant de trouver un petit recoin tout calme où nous allons passer la nuit après un repas de luxe dans notre hôtel à roulettes : pâtes acvec sauce à la truffe noire, fromage et verre de vin rouge au gobelet (Le comapervan était livré sans verre à pied, vous le croyez ça ?)
Jour 5 - 20 octobre
Réveil au sec après la journée humide de la veille, et c’est tant mieux parce que le programme du jour est cinématographique. On est rapidement sur la route ce matin là, car on a un train à attraper pour Poudlard ! Références de geek de côté, on part pour le viaduc de Glenfinnan, que les plus cinéphiles reconnaîtront évidemment pour les quelques scènes mythique de la saga Harry Potter qui y ont été filmées. On arrive au pied du viaduc, dans un assez grand parking, heureusement encore assez vide car en basse saison. Mais c’est toujours un peu intriguant pour qu’un simple viaduc - très joli mais bon, c’est un pont pour un train - devienne à ce point là une attraction touristique.
Mais il faut avouer que c’est très joli, très pittoresque, et quand le train à vapeur arrive, il fait vraiment sa star en s’arrêtant au début du viaduc pour préparer un joli panache de fumée qui ravit tous les fans réunis de part et d’autre de la colline. On enchaîne ensuite avec un autre décors Harry Potter: Eilean na Mòine, l’île où Dumbledore est enterré (bisous Margot, et pardon pour le spoiler, mais bon, le livre est sorti y’a 20 ans, y’a prescription là).
Après ces deux premières étapes cinématographiques, on prend la route pour une petite heure avant de s’offrir le luxe absolu de faire notre lunch au bord d’un lac. Au soleil. En Écosse. En octobre. Oui oui oui. Soyez jaloux.
On reprend la route, avec pour but d’arriver cette nuit sur l’Île de Skye avec quelques étapes à couper le souffle sur la route.
Et comme la veille, la route rendue exceptionnelle par la météo, n’arrête pas d’être spectaculaire ! On traverse à nouveau ce même genre de plaines, vides à part des occasionnelles fermes ou des petits cottages. Les panneaux “Attention cerfs” rythment les virages et forcément à chaque nouveau virage, chaque nouveau vallon, c’est la fracture de la rétine tellement c’est splendide !
On croise par hasard une petite ferme de “Coos” (c’est comme ça qu’ils appellent les vaches Highlands dans le bled), donc on s’arrête pour un petit shooting de nos nouvelles copines.
Dernière étape avant d’arriver sur Skye, le point de vue sur le château de Eilean Donan. Une espèce de Château de Chillon plus carré, avec un pont et un peu moins de touristes chinois. Mais on s’est pas éternisés vu qu’on a le même sur le Léman.
On arrive enfin au camping de Portree sur Skye, alors que mes pensées vagabondent encore sur l’aspect spectaculaire des routes écossaises. Je sais je me répète, mais ça n’a tellement rien à voir avec les clichés météorologiques qu’on a sur ce pays. Alors certes, la bouffe est cheloue, et beaucoup de gens qu’on a croisés avaient une dentition qui peut faire penser à une palissade mal en point, mais franchement, les couleurs de fous des paysages automnaux, l’hospitalité des écossais, et l’ampleur des espaces sauvages m’ont totalement conquis !
Et en vrai le haggis, c’est pas du tout immonde, c’est même très goûtu !
Jour 6 - 21 octobre
Quand on s’était couchés la veille, on s’était dit que le programme du jour dépendrait de la météo. Mais en vrai, on a fait ce qu’on avait prévu malgré la pluie sous laquelle on s’est réveillés.
Mais pour se donner du courage, tout d’abord, c’est petit déjeuner dans le Birch Café à Portree où j’inaugure le Marmite pour mon plus grand bonheur ! Après avoir testé le haggis au premier petit déjeuner au Bonham, ce matin, je prends des toasts de pain au levain, beurre fondu et Marmite (le copain UK du Cenovis). En passant la commande, j’ai cru détecter un peu de moquerie de la part de la serveuse mais j’ai pas voulu lui dire “T’inquiète je connais, j’ai pareil à la maison”. Quoi qu’il en soit, petit dej copieux bien installé dans l’estomac, on retourne au campervan pour aller au départ de la randonnée de Old Man of Storr, emblématique marche à faire sur Skye, qui contourne des impressionnante aiguilles rocheuses perchées dans les nuages.
La marche est vraiment spectaculaire (ok, il faut que je me calme sur l’usage de ce mot), mais c’est vraiment incroyable. “Grâce” à la météo un peu fâchée, et à la période de la saison, le sentier est très peu fréquenté, et on profite de l’ascension en combattant occasionnellement les les rincées et les coups de vent. C’est très agréable de voir le respect qu’il y a pour l’environnement et le paysage ici, les sentiers sont hyper bien entretenus, légèrement balisés, et à part quelques crétins de touristes, les gens respectent ce balisage. Arrivés au pied des aiguilles rocheuses, on entre dans des couloirs venteux vraiment très violents qui nous encouragent bravement à renoncer aux derniers 100 mètres de la marche… Mais quelle vue !
Arrivés au van, on sèche nos habits, et on prend la route vers les falaises et la cascade du côté de Mealtfalls où on est accueillis par un magnifique arc en ciel qui nous pousse à s’arrêter pour une petite séance photo champêtre. À vrai dire, dans ce bled, y’a TOUT LE TEMPS des arcs-en-ciel (j’ai vérifié le pluriel, calmez-vous). Mais c’est pas surprenant, il roille tous les quart d’heure, et s’en suivent 15min de soleil rasant. Donc ça pousse comme des champignons 🌈.
Dernier stop sur notre chemin avant la route vers notre spot de camping sauvage pour la nuit, on passe par Quiraing, qui nous avait été très chaudement recommandé. Exceptionnel de violence météorologique ! Le parking est pile sur le col de la route qui traverse cette partie de l’Île de Skye, et on est accueilli par la pluie battante et un vent à faire s’envoler les moutons !
On attend bravement ce qui ressemble à une accalmie et on se lance dans le petit chemin d’approche vers des points de vue sur les collines taillées à la hache qui constituent ce paysage de fou ! Notre pronostic météo ne tient vraiment pas long, et 10 minutes plus tard, rideau de pluie à l’horizontale tellement y'a du vent ! En fait en Écosse, t’as pas vraiment besoin de capuche, mais des pantalons imperméables, ça c’est utile ! C’est donc un peu trempés qu’on remonte se sécher dans notre van et qu’on prend la route pour rejoindre notre petit coin de nuit surplombant le Loch Mòr. Camping sauvage du côté de Neist Point pour commencer de bonne heure demain matin ! La nuit aura été si venteuse qu’on a fini par refermer le toit télescopique, mais la baraque a tenu le coup !
Jour 7 - 22 octobre
On a survécu au vent de la nuit, et quelle vue pour notre réveil ! On est presque sur le point le plus occidental de Skye pour une petite balade matinale à Neist Point et son phare. C’est absolument époustouflant et très venteux. De nos jours le phare est abandonné, mais il était dispo à la location comme logement de vacances jusqu’à il y a peu. Je m’amuse en arrivant sur place de trouver le même genre de treuil de marchandise que j’avais croisé aux Féroé pour charier des trucs en tout genre d’un bout à l’autre de la falaise. Évidemment, plus en activité non plus, mais ça a rappelé des souvenirs.
Vous avez compris la rengaine d’ici là: paysages wow, moutons wow, vent wow tout ça tout ça. Visitez ce pays. En automne. Et n’oubliez pas de prendre un k-way de bonne qualité.
On fait un petit crochet par Coral Beach en repartant de Neist Point direction le sud de Skye. Le sable de cette plage est très rigolo, en grains très grossier (mais pas de langage). Et surtout, il y a du soleil, et ça fait plaisir !
Après Coral Beach, cap vers le sud pour se rendre à la visite de la distillerie de Torabhaig (merci Loïc 😘). Je vais me répéter, mais la route est spectaculaire, les vallées jouent à cache-cache avec le soleil et les averses, et on arrive pile à l’heure pour la visite de la distillerie. Hyper intéressant de découvrir le processus de fabrication du whisky, finalement assez proche de la fabrication de la bière dans ses étapes initiales, sauf que ça fermente vachement plus par la suite.
Une dégustation de 2 minuscules verres de whisky clôture la visite, ils sont vraiment délicieux, avec des arômes fumées, et tourbées, et j’apprends qu’il est traditionnel de diluer le whisky avec quelques gouttes d’eau pour libérer les huiles naturel du liquide et développer son parfum.
On s’apprête alors à reprendre le van (Mélanie s’est sacrifiée et n’a rien bu, car la loi est stricte ici, c’est 0.0‰ au volant!). On échange avec enthousiasme sur les souvenirs qu’on est en train de se forger au cours de ce voyage, et alors qu’on est sur le point de sortir du parking de Torabhaig, Mélanie lance juste un innocent:
“Oh et puis là il manquerait plus qu’on voit un cerf !”
Et ça va paraître suspect, ou complètement inventé, ou simplement le fruit d’un cerveau légèrement embrumé par la dégustation de whisky, mais promis juré craché c’est vrai. Au moment où elle dit ces mots, je tourne la tête par la fenêtre passager, et sur le bas côté de la route, un magnifique cerf est juste là. Et du coup, je dis juste:
“Comme celui-là, là ?” En pointant niaisement du doigt sur le cervidé qui s’éloigne derrière nous.
Forcément mal embarqués, on est sur une route nationale, et c’est mal placé pour faire un tour sur route, donc on est obligés de finalement tracer la route, mais la situation me fait beaucoup rire. Mélanie un peu plus en rictus d’avoir raté ça, mais on s’amuse quand-même de l’enchaînement de la situation, et on essaie de provoquer le destin en continuant à répéter de ci, de là la phrase qu’on pense magique “Oh il manquerait juste un cerf ici”. (Spoiler, ça n’a pas marché).
Jour 8 - 23 octobre
Aujourd’hui on commence la journée par un documentaire animalier ! Peut-être par frustration de cervidé de la veille ? Un peu sur un coup de tête au réveil, Mélanie a cherché des tours en bateau autour de Skye pour observer des phoques et autres animaux. Le premier qu’on trouve le plus proche est déjà complet, mais on se rend dans un village à quelques minutes de là, à Plockton, et on embarque sur le bateau de Calum et sa collègue. Le tour est pratiquement privatisé pour nous, il n’y a qu’une dame et son fils avec nous sur le bateau. Et après quelques minutes de navigation on arrive vers les îlots où des grapes de phoques se dorent la pilule tout pépère. Mélanie est aux anges.
Après les phoques, on prend la route avec comme objectif ambitieux de traverser l’Écosse vers l’est pour prendre nos quartiers nocturnes dans le parc national du Cairngorms en passant par un petit lac réputé pour sa bestiole aquatique, puis Inverness. Sur la route, on s’arrête pour manger dans le restaurant de la même ferme où on s’était arrêté photographier les Coos quelques jours plus tôt. “Smoked haddock mac’n’cheese” pour Mélanie, et “Haggis, neeps and tatties” pour moi (NDT “Macaronis au fromage et aiglefin fumé” et “Haggis, purée de rutabaga (”neeps” dérivé de “turnips”) et purée de patates (”tatties” dérivé de “potatoes” mal prononcé avec l’accent écossais). Bref, on a mangé local, et c’était super.
Le chateau d’Urquart surplombe le Loch Ness (car oui, c’est bien de celui-là que je parlais), mais ça grouille de touriste, dont des parisiens, donc on fait l’impasse sur la visite et on trace la route jusqu’à Inverness. Parce qu’on ne va pas se le cacher, à part ce chateau qui avait l’air très joli, le Loch Ness, c’est quand-même pas mal un piège à touristes…
On continue la route direction Inverness, contourner le Loch et basculer dans le parc du Cairngorms direction la halte de camping sauvage au-dessus de Newtonmore. Qu’est-ce qu’on se sent bien ici ! C’est vraiment déroutant au départ cette autorisation générale du camping sauvage dans ce pays ! Là on a trouvé une petite route de campagne dans les collines qui dominent le bled de Newtonmore, et sous un arbre, pépère on se parque et c’est notre dodo de la nuit ! Pour vous qui allez maintenant sûrement faire une expédition du même genre car vous aurez tellement été inspiré par ce carnet de voyage, installez l’application Park4Night car tous les plus jolis spots de camping sauvage qu’on a trouvés y étaient référencés. Vu qu’il était assez tôt quand on a largué les amarres, on profite d’une petite balade dans la campagne libre, si y’a bien un spot où on espère voir des bestiaux ça sera là. Donc rebelotte avec la phrase magique pour invoquer un cerf.
Et là au loin dans les collines, Mélanie aperçoit une espèce de tâche à quatre pattes dans les fourrés. C’est un peu loin, mais en zoomant dans une photo au téléobjectif, ça ressemble à s’y méprendre à une biche ! Donc plein d’espoir et en chuchottant, on s’approche du champs ou notre compagnon pèdze sans trop bouger. On s’approche de plus en plus à pas feutrés mais c’est un peu suspect, la bête n’a pas bougé d’un poil… Et soudain, alors qu’on est au pied du champ où elle est depuis tout à l’heure, à moins de 200m et qu’elle n’a pas bougé, on voit au sol une espèce de place de park gravillonnée et des douilles de fusil. D’un coup la lumière s’allume, on est sur un champ d’entraînement au tir de chasse et notre biche est en fait une cible en acier découpé…
Retour un peu penaud au van via un champs de moutons pour nous consoler, car oui, la réalité de la chasse est bien présente dans ce pays malgré tout.
Et quelle nuit on a passée ! Le ciel est totalement dégagé, il y a des lapins qui grouillent autour de notre van, et on sent bien, en lisière de forêt où on est garés que les bois qui nous entourent sont bien vivants ! Mais quel sommeil paisible ! Avant de sombrer pour la nuit, je promets à Mélanie que le lendemain à l’aube on verra des animaux, et j’insiste sur la promesse que je me réveillerai pour les observer avec elle au point de régler mon réveil pour 30min avant le lever du soleil…
Jour 9 - 24 octobre
Donc oui, le réveil n’a pas marché… Enfin, il a sonné, et ça nous a réveillé, ça oui. Mais j’ai eu vite fait de me rendormir comme une souche et lâchement abandonné Mélanie qui malheureusement ne se rendort pas…
Première destination du matin dans le Cairngorms, le Loch An Eilein dont le tour à pied est réputé pour être un endroit où on peut observer des cerfs, chevreuils et biches (vous aurez constaté un certain thème animalier à force. On veut voir des animaux !)
En arrivant dans le parking du Loch, on demande à la gardienne si elle est au courant de bons points d’observation et elle nous dit qu’elle demandera à la garde-forestière qui est en train de faire sa ronde. Donc on avance, on fait un bout de promenade avant de retourner lui poser des questions. La forêt autour du lac est vraiment très belle et paisible, mais en ce vendredi, c’est un peu plus fréquenté en promeneurs, et on se dit que ça va effrayer les animaux.
Par contre, en revenant vers notre copine, elle nous informe qu’il y a un champs ou une ferme juste à 10min à pieds où elle sait qu’il y a une harde. Et en plus on est en période de rut, donc c’est forcément un peu plus propice à les observer.
Tout ragaillardis, on se rend donc du côté de ce pâturage, et c’est toujours ça qui est magique dans ce pays, le portail est fermé avec une chaîne et un simple mousqueton, donc ou l’ouvre pour s’y glisser, et on referme avec précaution derrière nous puis on s’avance dans les fougères. C’est totalement silencieux et on avance aussi calmement que possible pour détecter tout mouvement dans les fourrés. Au loin, c’est très perturbant, mais on entend distinctement des coups de feu et ça nous inquiète passablement car l’entrée du pâturage verrouillé dans lequel on est entré est au pied d’une colline et les coups de feu proviennent de l’autre côté… Mais on se dit que tant que c’est loin comme ça, on ne risque rien.
D’un coup, un frisson dans les fougères autour de nous, je m’immobilise et fais signe à Mélanie quelques pas derrière de s’arrêter aussi ! Elle a vu un animal bouger, mais ça a été trop furtif pour moi. Mais c’est certain, il y a des cerfs dans ce champ ! On décide de se disperser. Mélanie reste immobile là où elle a aperçu ce cerf, et moi, je longe la clôture pour contourner la colline et observer le reste du champs. J’avance lentement, avec mes pas toujours rythmés par les coups de feu au loin. En arrivant enfin au dégagement, j’ai le souffle coupé. Une harde d’une dizaine de bête court devant moi puis se fige, peut-être perturbée par ma présence, mais j’ai le temps de prendre des rafales de photos et je retourne vers Mélanie pour lui dire de me suivre.
En revenant à sa hauteur, je lui dit que j’ai pas vu un cerf MAIS DIX ! et on se prépare pour retourner là où je les ai vus. Et juste au moment de faire le premier pas, on tourne la tête vers le haut de la butte que j’avais contournée, et là, quatre têtes nous observent curieuses et je m’amuse à imaginer leurs pensées
– Mais… c’est qui ces cons ? Ghislaine, t’avais bien fermé la porte de l’enclos ?
C’est un moment magique et on reste sur place hébétés jusqu’à ce que nos copines décampent. On se décide alors à monter au sommet de la butte et on continue à les observer courir un moment puis on leur dit au-revoir et on tire notre révérence, comblés ! Bien qu’aucun de ces animaux n’étaient pourvus de bois, on retourne heureux comme des gamins vers notre van et on prend la route pour notre dernière nuit au camping de Glengoulandie.
Jour 10 - 25 octobre
C’est le dernier jour, mais il sera riche en aventures aussi !
Déjà la dernière nuit dans le van aura été très venteuse et mouvementée, mais on se réveille heureux de constater qu’on n’est pas dans une décapotable. Après le petit dej dans le van, on voit juste à l’orée de notre camping une vingtaine de biches, chevreuils bidules à quatre pattes sans cornes et on s’émerveille vite fait, mais le vent froid et le planning de la journée nous ramènent fi-ça dans le van. En effet aujourd’hui on a beaucoup de route à faire pour revenir à Edimbourg, restituer notre compagnon d’aventure le van, et faire la visite du Yacht Royal qui est amarré l’extérieur de la ville.
Timing serré, mais tout s’est passé comme sur des roulettes, et on se rend impatients vers Britannia ! En plus on est en plein visionnage de la série The Crown, donc ça nous fait tout bizarre de visiter ce yacht ! La visite avec l’audioguide est hyper bien faite et super instructive, et c’est très rigolo de visiter des appartements royaux. Pour la petite anecdote, après Rome en février où j’avais fait pipi chez le Pape au Vatican, j’aurai fait pipi chez la famille Royale ici. Franchement, 2025, bon millésime pour les pipis célèbres.
On termine notre dernière soirée en allant manger au pub George IV puis avec une soirée concert au Stramash mais on va quand-même se coucher à une heure raisonnable car demain l’avion décolle à 6h55 pour notre plus grand plaisir. Et pour ajouter une couche de risque sur la manoeuvre de réglage du réveil, c’est la nuit du passage à l’heure d’hiver, donc y’a un léger suspense qui fait que je règle mon réveil à 1h59 pour vérifier le changement d’heure puis confirmer que le réveil à 4h est bien fixé. Breeeef, je dormirai dans l’avion !
Donc voilà, c’était l’Écosse. Comment résumer ce pays ? C’est difficile.
Mais ce qui est le plus frappant, c’est les grands espaces vides, la faune évidemment, cette capacité qu’a le paysage à se métamorphoser sans prévenir, les couleurs d’automne complètement surréalistes, et pour couronner le tout, les personnes qu’on a croisées, étaient toutes si hospitalières, amicales, gentilles !
On partait sans aucune attente, et c’est peut-être ça qui fait qu’on a été si impressionnés !
Allez, “Chì mi thu a dh’ aithghearr !” et merci d’avoir lu !